LA FAUTE À VOLTAIRE

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LA FAUTE
À VOLTAIRE
un film d'Abdellatif Kechiche2001

Tel un Candide rêvant de l'Eldorado, Jallel s'embarque clandestinement pour la France dans l'espoir de tenter sa chance. Là, commence le film...et la lente désillusion de Jallel... De rencontres en rencontres, de foyers en associations, Jallel va cheminer dans le Paris des exclus, et, faute de satisfaire ses espoirs de fortune, va découvrir et partager la solidarité des déshérités...

Images du film

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REVUE DE PRESSE

Interview d'Abdellatif Kechiche concernant La Faute à Voltaire

Je ne voulais pas tomber dans les pièges d'un " film à idées ", qui dessert souvent les idées qu'il est censé défendre. Une lecture politique est bien sûr possible, mais elle ne fait pas le film. Je voulais vraiment ménager plusieurs niveaux de lecture, et que le film reste ouvert aux interprétations, dans une forme proche du conte arabe, qui illustre avant tout un certain plaisir de raconter.

Interview de Sami Bouajila concernant LA FAUTE A VOLTAIRE

On a parlé de Jallel, pendant de longues rencontres, ce qui était une manière de se découvrir l'un l'autre, de faire se rencontrer nos deux visions des choses. Abdel m'a vite fait comprendre qu'il ne voulait pas un jeu prémédité, trop conscient de ses effets. Il voulait qu'au contraire je puisse me libérer le corps et l'esprit et m'ouvrir aux différentes sensations que pouvaient éprouver le personnage.

Interview d'Elodie Bouchez concernant LA FAUTE A VOLTAIRE

Cette expérience fait évidemment partie de celles que l'on est pas prêt d'oublier et de celles aussi qui nous donnent de mauvaises habitudes par rapport à l'extrême exigence d'un réalisateur qui pousse vos limites et ne se contente pas de recevoir ce que vous avez à lui donner, sans chercher à aller plus loin.

Interview d'Aure Atika concernant LA FAUTE A VOLTAIRE

Je me reconnais complètement en Nassera. Nous n'avons pas le même passé, bien sûr, mais sa manière de montrer ses blessures, de les exprimer, me rapproche d'elle. Je comprends très bien aussi ce côté impulsif, ces changements d'humeurs, et la difficulté qu'elle éprouve à communiquer ses émotions.

Télérama
LA FAUTE À VOLTAIRE

On peut être un immigré clandestin et, en même temps, tomber amoureux, espérer du plaisir, prendre soin d'autrui. C'est l'une des « évidences » de ce premier long métrage inattendu d'Abdellatif Kechiche, devenu depuis le réalisateur célébré de L'Esquive et La Graine et le Mulet.

TéléObs
LA FAUTE À VOLTAIRE

C'était en 2000. Abdellatif Kechiche n'avait pas encore réalisé « l'Esquive » (2003), époustouflant hommage à la littérature française, qui allait le faire connaître du grand public...

Interview d'Abdellatif Kechiche concernant La Faute à Voltaire

Comment vous est venu le désir de faire ce film ?
J'avais avant tout et depuis longtemps, un désir de cinéma. Lorsque j'ai commencé à l'envisager plus sérieusement, j'ai lancé plusieurs projets, et c'est celui-ci qui a retenu l'attention. Je ne sais si c'est parce qu'on attend des cinéastes issus de l'immigration comme moi, une prise de position sur ce sujet, ou si c'est parce que le moment où je l'ai présenté, coïncidait avec le mouvement des cinéastes contre les lois Debré ; quoi qu'il en soit, le scénario semblait venir à propos, et mon désir de faire ce film-là plutôt qu'un autre s'est donc trouvé renforcé par la possibilité concrète de pouvoir le faire, mais aussi en réaction à tout ce qui se disait ou se faisait sur les " clandestins ", les " sans papiers ", et les " exclus " en général. Je trouvais qu'on avait trop tendance à limiter leur identité à leur condition, et, par des représentations en masse, ou dans des situations extrêmes, à les déshumaniser. On présente les clandestins comme un fléau, alors qu'il s'agit d'êtres humains, qui aspirent à une vie meilleure, ce qui est sain. Je m'étais dit que si l'on parvenait à s'attacher à un visage, à le voir simplement rire, pleurer, se lier d'amitié, aimer etc… on pourrait peut-être en venir à penser les choses un peu différemment…



Avez-vous enquêté sur la manière dont vivent les SDF ?
J'ai été dans des foyers, des associations. Il suffit aussi d'observer autour de soi, car dans nos villes, on est toujours confronté aux gens qui vivent dans la précarité. On n'a pas de mal à rencontrer quelqu'un qui accepte de s'asseoir pour vous raconter son parcours. Je tenais aussi à ce que des personnes du foyer Emmaüs, où nous avons tourné, participent au film et l'imprègnent de leur vécu, mais je regrette que cela n'ait pu se faire sans une forme de discrimination… Ce qui m'a frappé dans les foyers, c'est que ces lieux qui, au départ, devaient être destinés à gérer des situations précaires provisoires, sont finalement devenus de véritables institutions où les gens ont leurs habitudes. Tout se passe comme si tout le monde s'était fait à la situation : on prépare des fêtes… on organise des jeux… Je trouve très émouvant de voir des gens qui n'ont plus de familles, plus de maison etc. s'adonner à des passe-temps aussi futiles que les concours et les jeux qu'on a imaginé pour eux. J'ai aussi beaucoup fréquenté le " Cœur du Dragon ", le squat investi par le DAL, rue du Dragon. D'ailleurs, le scénario de départ était beaucoup plus ancré dans ces événements, et c'était là-bas que j'envisageais de tourner, mais ça n'a pas été possible. Finalement, j'ai surtout conservé ce qui échappait au contexte. Je ne voulais surtout pas faire un film qui ressemble à une thèse, ou à une enquête qui recense les faits pour les faire correspondre à des idées.



 

Votre récit refuse d'ailleurs toute forme de démonstration…
Je ne voulais pas tomber dans les pièges d'un " film à idées ", qui dessert souvent les idées qu'il est censé défendre. Une lecture politique est bien sûr possible, mais elle ne fait pas le film. Je voulais vraiment ménager plusieurs niveaux de lecture, et que le film reste ouvert aux interprétations, dans une forme proche du conte arabe, qui illustre avant tout un certain plaisir de raconter.


 


En refusant de faire de vos personnages des figures politiques, vous évitez ainsi tout misérabilisme…
C'était un parti pris depuis le départ : je ne voulais pas que l'on s'apitoie sur le sort de Jallel, Lucie et Frank. Je voulais susciter une sympathie, une compréhension, en privilégiant une représentation plus ordinaire, pour briser justement cet écran que crée le discours politique et faire que l'on se sente proche d'eux. Jallel est un homme, il va à la rencontre de ses semblables, comme il est naturel de le faire. Il crée des liens avec les autres, ce qui est une liberté inaliénable. On ne peut empêcher les gens de circuler librement et de se rencontrer. D'ailleurs, les problèmes qui sont liés à l'illégalité de sa présence en France ne sont pas mis en avant. Je voulais presque qu'on les oublie.

 

En voyant le film, on a l'impression que la technique est entièrement subordonnée au jeu des comédiens…
Il est vrai que j'utilise la caméra comme un appareil destiné à enregistrer les instants de vie que l'on parvient à capturer. C'est ce qui me passionne et me motive dans le cinéma : la vie qui se déroule à l'intérieur du cadre, tout ce qui est possible et qui peut arriver devant la caméra. D'ailleurs, une de mes grandes frustrations a été de ne pas pouvoir bénéficier d'une seconde caméra pour couvrir certaines séquences…

 

Quel est votre conception du jeu et de la direction d'acteur ?
Je porte la plus grande attention aux acteurs, j'ai besoin de sentir que l'on fait quelque chose ensemble. Je préfère d'ailleurs parler de " contribution " de l'acteur plutôt que de " direction ". J'ai besoin d'établir un rapport affectif. Je ne cherche pas à les diriger, ni à leur imposer des choses. Je leur parle de leurs personnages, j'essaie de leur parler d'eux-mêmes, je suis là pour les aider à faire sortir ce qu'ils ont en eux. Le fait que je sois moi-même acteur m'aide sans doute, car tout cela se fait assez naturellement. Souvent, les meilleures choses sont obtenues sans préméditation, sur l'instant, dans une sorte d'état de transe. Ce travail, l'échange que l'on peut avoir en créant ensemble, me passionne.

 

Vous faites beaucoup de prises ?
C'est très relatif : vingt prises, c'est beaucoup et en même temps, c'est très peu. On pourrait faire des milliers de prises et trouver à chaque fois des choses nouvelles.

 

Vous n'avez pas eu peur de prendre des acteurs connus, assez ancrés dans l'esprit du public ?
Au début, j'étais un peu inquiet de cela. Mais je sais qu'un acteur, pour peu qu'il s'investisse vraiment dans son travail et dans son personnage, peut faire oublier qui il est, ses autres rôles, etc. C'est une question de motivation et dans l'ensemble, ils en ont tous fait preuve, et j'en suis très content. Mais je ne me suis pas posé la question pour tous : je ne connaissais pas Bruno Lochet, par exemple. Je n'avais jamais vu les Deschiens. Quand j'ai vu sa photo, puis quand je l'ai rencontré, il correspondait vraiment au personnage de Franck. C'était évident. Je n'avais aucun préjugé sur lui, puisque je ne savais même pas s'il avait déjà fait du cinéma !
Dès que l'on a répété, il s'est révélé être un grand acteur, et un type d'une générosité incroyable ! C'était presque au-delà de mes espérances. De la même manière, j'avais remarqué Aure Atika dans un petit rôle, sur un film que personne n'a vu et non dans ces comédies qui lui ont collé une étiquette. J'étais sûr qu'en travaillant, on arriverait à quelque chose.

 

Parlez-nous de l'expérience de Jallel. A-t-il vraiment l'espoir de rester, de s'intégrer ? Il semble vivre entièrement dans le présent…
Il ne se pose pas la question en ces termes. Cette impression de vivre au présent est liée à sa condition. Il sait très bien, comme beaucoup de clandestins, qu'il est là pour un temps indéterminé, et sur lequel il n'a pas beaucoup de pouvoir. Il ne peut pas vraiment se projeter. Au départ, son seul espoir est de gagner un peu d'argent et d'aider les siens, peu importe le temps que cela durera. Et puis peu à peu, il crée des liens et s'attache à la France. C'est un processus inconscient, il ne se dit pas : " Tiens, je vais m'intégrer… ". Cela se fait naturellement. Dans le cas de Jallel, il a à peine le temps d'en prendre conscience, que son parcours prend fin brutalement, sans qu'il puisse vivre une histoire d'amour naissante…

 

Les deux personnages féminins, Nassera et Lucie, sont confrontés au fait d'enfanter, et d'être mère. Était-ce conscient de votre part ?
Non, ce n'était pas intellectualisé, et je ne me le suis pas expliqué. Lucie et Nassera, d'ailleurs, ne sont pas ce qu'elles ont l'air d'être. Nassera donne une impression de force de caractère et Lucie d'être une jeune fille un peu paumée. En réalité, c'est peut-être le contraire. Lucie a moins de problèmes que Nassera. Elle a un véritable besoin sexuel, qu'elle exprime librement. Mais au fond, elle est en accord avec elle-même, en tout cas avec ses besoins. Jallel qui vient du Sud, attache beaucoup d'importance à la famille et à la maternité. La marginalité de Lucie le perturbe et le confronte à sa propre intolérance, puisqu'il met un certain temps avant de l'accepter. Pour moi, Lucie est un personnage porteur, qui aide Jallel autant qu'il l'aide.

 

Les images de la fin reviennent à une dénonciation plus directe du sort réservé aux clandestins.
Oui, mais au fond, même si dans l'ensemble le ton est léger, tout le film contient en germe cette dénonciation. C'est vrai que je voulais montrer la cruauté du système. N'y a-t-il pas un danger à voter des lois qui interdisent à un être humain de circuler, d'aller à la rencontre des autres ? Je crois vraiment que ce sont des archaïsmes dont il va falloir se délivrer. Les moyens de communication, les échanges entre les peuples, font que les frontières ont déjà éclaté, quelque part. Vouloir les maintenir géographiquement me semble un leurre. Et vouloir le faire de façon répressive, donne lieu à des abus inacceptables. Des centaines de personnes, dont beaucoup d'adolescents, meurent chaque année aux frontières européennes, dans l'indifférence générale ; je trouve cela désespérant. Et qu'un pays tel que la France, qui se prétend gardien des valeurs républicaines, ne fasse rien pour y remédier, c'est révoltant.

 

 

Interview de Sami Bouajila concernant LA FAUTE A VOLTAIRE

Qu'est-ce qui vous a décidé à accepter le rôle de Jallel ?
J'avais entendu parler du projet, car au moment où Abdel m'a proposé le film, cela faisait un moment qu'il travaillait dessus. Je trouvais que le scénario était magnifique, et j'ai été impressionné par la puissance narrative de son écriture.


Comment vous êtes-vous préparé à incarner ce personnage ?
On a parlé de Jallel, pendant de longues rencontres, ce qui était une manière de se découvrir l'un l'autre, de faire se rencontrer nos deux visions des choses. Abdel m'a vite fait comprendre qu'il ne voulait pas un jeu prémédité, trop conscient de ses effets. Il voulait qu'au contraire je puisse me libérer le corps et l'esprit et m'ouvrir aux différentes sensations que pouvaient éprouver le personnage. Nous avons défini beaucoup d'éléments ensemble, mais pas au sens où on l'entend habituellement. Pour Abdel, il fallait laisser de la place à Jallel. La structure du film était suffisamment écrite, les personnages bien campés pour qu'on se rende le plus disponible possible. Il nous sollicitait constamment mais ne nous imposait jamais rien. 

Quel est pour vous le sens du parcours de Jallel ?
Le personnage de clandestin est un prétexte pour dépasser les frontières physiques, faire se rencontrer des univers différents : le passé de Jallel, son origine, et les règles de la vie en France. Pour moi, La Faute à Voltaire est un conte, ou une fable. C'est aussi un récit initiatique. Le personnage est confronté à l'inconnu, au danger, à des réalités avec lesquelles il doit se mettre en phase, et auxquelles il est contraint d'ajuster ses rêves. Ses rencontres sont déterminantes. Nassera est un personnage qui est associé à un lieu précis, elle à un travail, une identité affirmée, et des objectifs clairs, une énergie qui la pousse à les réaliser. Dans la scène où ils se rencontrent, Jallel cherche à se libérer, à communiquer. Il se laisse griser par cette femme, ce lieu, l'alcool, les poèmes : c'est un leurre, un moment de bonheur possible que dans l'espace clos du café, grâce à l'ivresse. Mais Nassera a les pieds sur terre, tandis que Jallel déchante le lendemain matin… Malgré tout, Jallel est un personnage optimiste : les obstacles matériels l'angoissent, sa situation est impossible, et pourtant, je trouve que sa vision des choses reste noble. Il a quelque chose de contemplatif, un peu à l'orientale.

 

Certaines scènes donnent l'impression d'être presque improvisées…
Tout en nous laissant une grande marge de manœuvre, Abdel exigeait de nous d'être très rigoureux. C'était la seule condition possible pour que l'on soit libre. Le réalisateur essayait de toujours prendre en compte le point de vue de Jallel, d'épouser la manière dont il découvre les gens, les lieux…Tout en restant près du texte, il était ouvert à toutes les propositions. Il nous demandait simplement, au fur et à mesure des nombreuses prises, de trouver la vérité, et de s'en approcher le plus possible.

 

Pouvez- vous nous parler de vos partenaires ?
Les deux filles, Elodie et Aure, étaient merveilleuses. J'étais comblé. L'ironie de tout ça est que finalement, pendant son séjour, Jallel a le droit à deux histoires d'amour très fortes, très différentes.

 

 

Interview d'Elodie Bouchez concernant LA FAUTE A VOLTAIRE

Quel a été votre premier contact avec l'histoire et le personnage de Lucie ?
J'ai tout de suite eu envie de participer à cette histoire, d'être l'une des petites " fées " que Jallel allait rencontrer sur sa route. J'ai été touchée par l'humanité, la joie et l'humour qui se dégage de ce récit, la façon dont il aborde l'exclusion sous différentes formes. J'ai aussi été séduite par la relation entre Lucie et Jallel, par la façon qu'à Lucie de se "reconnaître" instantanément dans Jallel, dans sa pureté et sa vision du monde, sa manière de s'accrocher à lui comme à une bouée. J'ai été émue par sa beauté, sa différence, sa vérité.Lucie semble être une jeune fille en perdition, incapable de s'intégrer.
Et en même temps, elle dégage une force vitale et sensuelle qui lui donne une forme d'optimisme…
Lucie vit dans une autre dimension, elle n'a pas les codes sociaux qui lui permettraient de s'intégrer plus facilement. Pour moi elle est aussi ce que l'on aimerait être un peu plus souvent : capable d'exprimer, ses besoins et ses désirs haut et fort, de façon absolue sans avoir peur du regard des autres. C'est ce qui fait sa force de vie. Elle ouvre les yeux de Jallel, en lui faisant admettre et accepter d'autres différences que celle qui lui est propre.

Lucie exprime son besoin d'amour, mais pas verbalement, plutôt physiquement. C'est un jeu assez inhabituel, plus proche du corps que du langage et toujours sur le fil du rasoir. Comment Abdel Kechiche vous a-t-il dirigée ?
L'exigence d'Abdel était permanente, pas une seconde n'était accordée au relâchement ou à la facilité. Tout devait tendre vers la vérité, l'extrême, l'illumination. Il m'aidait constamment à maintenir Lucie dans une autre dimension, il ne me laissait me cacher derrière aucun filtre et tenait à ce que je reste concentrée pratiquement 24 heures sur 24. Abdel a permis une véritable fusion entre chacun de nous. Nous jouions vraiment tous les uns avec les autres avec la même générosité que nos personnages.

Quel apport constitue ce film pour votre parcours de comédienne ?

Cette expérience fait évidemment partie de celles que l'on est pas prêt d'oublier et de celles aussi qui nous donnent de mauvaises habitudes par rapport à l'extrême exigence d'un réalisateur qui pousse vos limites et ne se contente pas de recevoir ce que vous avez à lui donner, sans chercher à aller plus loin.

Si vous ne gardiez qu'un seul souvenir de ce tournage ?

Si je devais ne garder qu'un souvenir du tournage ce serait peut-être le moment où nous avons tourné la scène du bal à la fin du film, il n'y avait plus de lumière, l'équipe n'était plus très chaude pour tourner, nous n'avions droit qu'à une seule prise. Nous l'avons tournée dans une joie et une solidarité extrême. Nous chantions comme des fous ! Et l'histoire s'est d'ailleurs répétée : pendant la post-synchro du film, Abdel nous a regroupé dans une petite cabine, une dizaine à danser et à s'égosiller comme des malades! Cette scène me donne des frissons quand je la vois, car elle est chargée de beaucoup de bonheur !

Interview d'Aure Atika concernant LA FAUTE A VOLTAIRE

Le personnage de Nassera est à l'opposé des rôles que l'on vous a vu jouer jusqu'ici. Qu'est-ce qui vous a séduit chez elle ?
C'est d'abord le scénario dans son ensemble que je trouvais très bon, très bien écrit. Ses personnages avancent à grandes enjambées les uns vers les autres. Jallel et Nassera se rencontrent, en milieu de page, ils découvrent qu'ils sont cousins, et en bas de page, c'est la fête dans le café! En une seule page les personnages s'échangent beaucoup de choses. C'est un courant puissant qui est capable d'emmener aussi bien un comédien qu'un spectateur. Dans la vie, ça ne se passe jamais avec autant d'évidence. C'est pour cela qu'on aime et qu'on admire ces personnages.
Autant dans la vie, je n'aime pas montrer mes blessures, autant au cinéma je cherche ça. Nassera m'a offert la possibilité de les exprimer. C'est un personnage chargé dont on peut faire une double lecture. On ne voit pas à première vue ses blessures, son passé difficile. Elle est assez farouche, presque sauvage, mais son innocence a été malmenée par son expérience. Et puis jouer une " beur " me plaisait : je voulais revenir plus près de mes origines.



On ne vous connaissait pas ce registre…

C'est vrai que ce rôle est assez différent de ceux dans lesquels on m'a vu jusqu'ici, mais j'ai tout de même fait des rôles " sérieux " dans des films qui malheureusement n'ont pas marché. Le public n'a donc retenu que mes rôles dans des comédies, mais je trouve cette image un peu limitée. J'ai été élevée dans un milieu très cinéphile. Encore petite, avant que mes goûts ne soient formés, on m'emmenait voir des films d'auteurs. A sept ans, ma mère me montrait les films de Philippe GARREL ! Même si j'ai ensuite découvert des films populaires, je me sens proche de ce cinéma, et j'ai envie d'y revenir…



Visiblement, Abdellatif KECHICHE vous a dirigé d'une manière très personnelle. Comment avez-vous abordé ce rôle avec lui ?
Abdel est le meilleur directeur d'acteurs que j'ai rencontré. Pourtant, le tournage n'était pas facile, et c'était son premier film. Il porte une attention constante aux acteurs. Quand on se sent à ce point considérée, aimée et désirée en tant qu'actrice, on ne peut que se surpasser. Abdel m'a poussée dans mes retranchements, vers ma nature profonde.


Vous vous sentiez donc des points communs avec le personnage ?

Je me reconnais complètement en Nassera. Nous n'avons pas le même passé, bien sûr, mais sa manière de montrer ses blessures, de les exprimer, me rapproche d'elle. Je comprends très bien aussi ce côté impulsif, ces changements d'humeurs, et la difficulté qu'elle éprouve à communiquer ses émotions.



Nassera cristallise le désir de Jallel de s'installer, de se sentir en sécurité, protégé par le mariage. Mais c'est finalement elle qui se sent en danger et s'enfuit…
Nassera a eu un homme dans sa vie, il est parti, et elle ne s'en est jamais remise. Elle ne peut plus envisager de supporter un nouvel abandon. Lorsque son gamin disparaît, elle le reçoit comme un avertissement extrêmement brutal : " si tu ne veux pas à nouveau perdre ce que tu as et souffrir, ne possède pas ". Et donc, plutôt que de risquer une rupture et un nouvel abandon, elle coupe elle-même d'emblée la corde qui l'entraîne sur le chemin d'une nouvelle possession. Pas de possession, pas de perte. Pas de perte, pas de souffrance. C'est simple, radical.
C'est un personnage qui derrière les apparences, a peur. Peur pour son enfant, et peur de souffrir. Derrière son côté sensuel, et entreprenant, elle est très farouche et méfiante. Ce qu'elle a vécu, la poursuit. Son enfant est une trace de ce passé, elle ne peut s'empêcher de voir en lui son père, ce qui explique pourquoi elle lui parle brutalement. D'un autre côté, cet enfant est sa raison de vivre, c'est pour lui qu'elle travaille et qu'elle essaie de s'en sortir. C'est une relation passionnelle dans laquelle il n'y a pas vraiment de place pour Jallel. Ils auraient pu s'aimer, mais elle avait besoin de temps pour avoir confiance, pour être apprivoisée.



 

Vous vous êtes beaucoup investie dans ce rôle, qui est l'occasion pour vous de montrer vos véritables désirs de comédienne…
J'aimerais qu'Abdel ne fasse plus de films sans moi ! J'aime la manière dont il ramène toujours ses idées à la vie, à la chair, au corps et aux sensations. C'est la beauté du film. Sur le plateau, c'était tout pour les comédiens. On allait au bout des choses, notamment dans ces longs plans séquences, qui pouvait durer jusqu'à dix minutes ! Il n'y avait à aucun moment, comme sur beaucoup de tournages, la frustration de ne pas avoir fait le maximum. Ce genre de film, finalement, m'est plus naturel que la comédie. Je cherche avant tout à faire des choses très différentes.

Télérama

LA FAUTE À VOLTAIRE

La Faute à Voltaire réussit l'exploit de montrer la galère d'un étranger à Paris, Tunisien qui se fait passer pour un réfugié algérien, sans jamais verser dans le film dossier. C'est d'abord le récit impressionniste d'un parcours sentimental, un film sur la solitude et l'entraide, sur l'envie de vivre et son contraire.
A mille lieues des caricatures de Maghrébins toujours en vigueur tant au cinéma qu'à la télé, Sami Bouajila, exceptionnel, crée un personnage candide et vulnérable. Le même miracle se produit avec ses deux partenaires successives : Aure Atika, en serveuse et mère célibataire endurcie par une première vie ratée, puis Elodie Bouchez, en chipie très déglinguée, sexuellement vorace. De foyer en hôpital psychiatrique, de scènes d'amour épidermiques en douces échappées comiques, ce film lucide mais enchanté regarde dans les yeux la fatalité sociale tout en exerçant un vrai charme de cinéma.

Lundi 5 décembre 2011 à 20h35 sur FRANCE O
TéléObs

LA FAUTE À VOLTAIRE

En 2000, donc, après sept ans de galère, il réussissait enfin à faire ses débuts au cinéma. « La Faute à Voltaire » nous plonge au coeur du quotidien d'un immigré clandestin à Paris, avec ses épreuves, sa solitude, les foyers d'accueil, les petits boulots et les tracas en tous genres. Tout l'art d'Abdellatif Kechiche, qui filme caméra à l'épaule, est déjà là. C'est un art modeste, fait de petits riens, un art vivant, joyeux, car Jallel (Sami Bouajila), malgré les difficultés, aime la vie, tombe amoureux, prend soin des autres, continue d'espérer et de désespérer.

Kechiche veille à restituer la complexité du monde. Le constat social se trouve ici comme dépassé par le courant imprévisible de la vie même. Pour toutes ces raisons, et malgré des longueurs et un certain angélisme dans la description des rapports humains, « la Faute à Voltaire » est un film dense et humain. Loin des caricatures, avec une sobre élégance, Sami Bouajila donne vie au héros de cette vie-là, fragile, lucide, porté par une irréductible envie de vivre.

Lundi 5 décembre 2011 à 20h35 sur FRANCE O

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